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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

Trump : remède et poison populiste

19 Septembre 2020, 14:42pm

Publié par Major Tom

La droite, comme la gauche, n’est pas une entité unie mais une collection de familles idéologiques. Elle ne possède pas réellement de doctrine rassembleuse. Disons, pour utiliser un mot excessivement utilisé, qu’elle s’organise autour de certaines valeurs qui la différencient de la gauche, avec des variantes différentes selon que l’on parle de la France, de l'Italie, des Etats-Unis ou de la Hongrie, par exemple. Pour condenser, ces valeurs seront le libéralisme politique, la tradition culturelle (souvent concrétisée par un conservatisme sociétal) et le nationalisme. Les différentes familles de la droite s’organisent ensuite sur des variantes de l’axe allant de la protection sociale au libéralisme économique, sauf peut-être aux Etats-Unis où le libéralisme économique est beaucoup plus présent.

Liberté d’expression, enjeux culturels et sociétaux, politique étrangère sont les champs de bataille actuels de la gauche et de la droite. Aux Etats-Unis, Trump illustre bien la réponse dite populiste de la droite : liberté d’expression plutôt que respect des sensibilités, davantage même qu’un conservatisme c’est une réaction en matière de questions culturelles et sociétales, enfin la politique étrangère va au-delà du nationalisme pour devenir systématiquement unilatérale et remettre en cause la structure internationale construite par les Etats-Unis jusqu’alors. Pour résumer, après des décennies de domination culturelle de la gauche et dans une période où le progressisme, tant concernant la situation intérieure qu’internationale, n’arrêtait plus d’accélérer et de se scandaliser de tout obstacle, Trump a proposé aux électeurs une droite qui s’assume.

Il a ainsi, pour la première fois depuis plusieurs décennies, réellement donné aux électeurs de droite ce qu’ils désirent (même si ce n’est pas toujours dans leur intérêt objectif). Il s’agite pour la défense des valeurs de la majorité plutôt que des minorités, la mise en avant de l’identité nationale portée depuis les origines plutôt que sa transformation, la promotion des intérêts nationaux du pays par lequel il a été élu plutôt qu’un idéalisme humaniste. C’est ce que les électeurs de droite veulent. C’est pour cela que le Tea Party puis Trump ont réussi à conquérir le parti Républicain et qu’il a ensuite gagné. C’est pour cela que le Rassemblement national avance à chaque élection face aux autres partis de droite malgré l’opposition de l’ensemble des partis du pays. C’est pour cela que Sarkozy, pourtant un libéral économiquement, a remporté une élection présidentielle en France. Et pourtant, ce populisme ne délivrera pas le produit attendu et sera une nouvelle déconvenue à moyen terme pour la droite. Il recherche plus la visibilité que l’effet et utilise plus la vitesse de décision que l’intelligence.

Ce problème est immédiatement visible en matière étrangère. Il fallait depuis plusieurs décennies taper sur la Chine, qui ne respecte ni une concurrence loyale en matière économique ni les droits de l’homme, ni le droit international vis-à-vis des autres Etats. Trump le fait, mais en tapant aussi sur ses alliés au lieu de construire une coalition. Il affaiblit ainsi son pays. Ce manque d’intelligence, on le retrouve dans les négociations avec le dictateur de Corée du Nord, qui ressemblent à des coups de poker et des coups médiatiques, le tout pour un échec total. On le retrouve dans son désengagement par à-coups au Moyen-Orient. On le retrouve encore dans sa gestion de la relation avec la Russie. Certes, ce n’est pas facile à gérer, il a beaucoup d’opposition en interne et beaucoup de soupçons de connivence avec cet Etat. Mais en dénigrant ses services de renseignement, plutôt qu’en soulignant que c’est avec ses adversaires qu’on progresse vers la paix et qu’il y a des dividendes à en attendre vis-à-vis de la Chine ou pour de nouveaux marchés économiques, il affaiblit son pays. Il proclame le nationalisme mais sert mal ses intérêts. Par ailleurs, une proximité de connivence avec un Etat étranger est toujours une tache anti-nationaliste. On le voit aussi en France pour Marine Le Pen dans ses relations avec cette même Russie.

Cette précipitation, cet électoralisme, on les retrouve sur la scène intérieure. Trump sait ce que ses électeurs veulent : stop aux reculades sur l’identité. L’Amérique est une terre de cowboys et doit le rester. Mais sa réaction sur ces terrains, qu’il s’agisse du Black Lives Matter ou de la place des homosexuels et des transsexuels, est si excessive qu’elle renforce le camp adverse. Ainsi, il a reçu récemment le soutien d’un syndicat de police mais se met à dos de larges parts de la population qui ne sont pas démocrates mais font partie des manifestants ou s’identifient à leur cause.

Trump a cassé les effets de cliquet des politiques de gauche, il a cassé l’impression de linéarité irrépressible et unidirectionnelle du progressisme, il a placé des hommes de droite assumée à divers niveaux du paysage politique, médiatique et administratif. Et il sera peut-être même réélu tant il est bon tacticien en matière médiatique. Mais il y a fort à parier qu’en l’absence de stratégie, de projet de société et de doctrine, ses acquis seront effacés par les prochains tenants du pouvoir. Cette absence de tentative de rassembler les intelligences et de construire sur le moyen terme, on la retrouve dans les populismes actuels, qui parient tous sur une figure forte et seule. Cela plombe depuis longtemps le Rassemblement national, ex-Front national. Cela plombe la Ligue. Et cela discréditera encore un peu plus les tenants d’une droite qui ne se contenterait pas de résister au progressisme mais qui voudrait reconstruire son pays. Forgé par la colère et le désespoir, ce remède est un poison.

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