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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

L’An Pire du Bien

28 Juillet 2020, 19:30pm

Publié par Major Tom

Dans les totalitarismes, quand les faits démentaient l'idéologie, la conclusion était que l'idéologie n'était pas allée assez loin. En conséquence, le gouvernement faisait un tour de vis politique... et de nouvelles victimes.

 

Le progressisme, lui, s'épanouit en démocratie occidentale d'abord par à-coups depuis la période des révolutions américaine et française puis de façon continue après la Seconde Guerre mondiale. Il a d'ailleurs de belles réalisations à son actif en matière de féminisme, de lutte contre l’esclavage, de redistribution des richesses ou de démocratie représentative, bref en amélioration de l'égalité comme en garantie de la liberté.

 

Des réalisations inachevées certes, tant car le phénomène est récent (environ deux siècles) que parce que les sociétés humaines sont pleines d'inerties et de rapports de force. Intermédier les rapports de force, évacuer la violence, légitimer la prise de décision pour éviter les reculs à chaque changement de rapport de force, c'est ce que fait la grandeur de la démocratie libérale.

 

Et pourtant, depuis quelques années et plus encore ces derniers mois, chaque camp du Progrès semble chercher des ennemis. Et même des ennemis objectifs, comme dans les dictatures : couleur de peau, catégorie sociale, orientation sexuelle, ou même ascendance au cas où un méchant serait retrouvé dans la famille quelques siècles plus tôt. Et même des ennemis par association, par proximité : connais-tu le méchant ? As-tu mangé avec lui ? Et de demander à tout le monde autour de le dénoncer : les gens sont blancs ou noirs dans cette vision du monde, et soit on est solidaire d'un camp, d'une victime, soit on fait partie de l'autre, des salauds. Le tout à 100%, bien sûr, et immédiatement s'il-vous-plaît, sans prendre le temps de s'informer sur les faits et les contextes.

 

Quelle en est la cause ? Mystère. Diffusion des nouvelles technologies, parallèle avec les Printemps arabes ? Effet du Covid-19, de l'enfermement et de la comparaison entre classes, catégories, professions, bref saut aux yeux des inégalités ? Résultat d'un niveau de conscientisation sans précédent qui fait non seulement que tout est politique mais aussi que tous nous devons être politiques en permanence ? Non, car ce que l'on observe est une guerre des "minorités" actives autour de l'agenda politique, de l'identité, des symboles, de la rue et du pouvoir. Après avoir dépassé la dictature de la majorité, la démocratie saura-t-elle dépasser la dictature des minorités actives ?

 

Les tenants de l'Empire du Bien en cet an 2020, ou en tout cas les plus virulents d'entre eux, tombent même les masques, en sorte que tout doit désormais être asservi au Bien : les méthodes argumentatives, le langage, la méthode scientifique, l'usage de la violence symbolique et physique, la mise en danger des individus en jetant leur nom en pature, la présomption d'innocence et plus largement la justice, la censure privée en attendant la censure publique.

 

La conclusion à leurs yeux est simple : si la réalité résiste encore au progressisme, c'est que le progressisme n'est pas allé assez loin assez vite. Et peu importent les dégats collatéraux : les innocents virés de leur travail, les individus qui se suicident, les rassemblements en periode de Covid-19, la censure tous azimuts sans attendre ou même demander les décisions de justice, l'auto-censure, et finalement l'image même de leurs luttes quand l'antiracisme est portée par des propos racistes et des individus bien connus de leur ville et des autorités pour leurs casiers judiciaires chargés. Chacun reconnaîtra La Fourchette.

 

Étonnamment donc, en cet été 2020, les démocraties occidentales connaissent les mêmes réactions que les totalitarismes du XXème siècle quand la réalité leur résistait. On ne s'étonnera donc pas que la figure d'Orwell nos paraisse autant d'actualité. La transformation du vocabulaire est tellement à l'oeuvre. Plus aucune institution n'est crue : chacune semble calibrer le réel selon son angle de vue et traiter les infos du voisin comme des fake news. En l'absence de mots communs pour le réel, reste la descente dans la rue. Et celle-ci est d'autant plus facile que le pouvoir semble paralysé.

 

L'intersectionnalité elle-même en est tourneboulée : elle devait être une solution pour accélerer le progressisme mais le progressisme va si vite qu'elle devient un espace de problème. En effet, comment réagir quand la lutte féministe rentre en conflagration avec la lutte contre l'islamophobie ?  Ou que faire quand le blasphème autrefois loué en France pour son progressisme laïc est porté par une personne de la "communauté" LGBTQI+ contre une religion minoritaire et en pleine crise de modernité ? Que faire quand des femmes (évitons la généralisaiton "les" femmes) refusent que des transexuels "masculins" accédent à leurs WC ?

 

Alors que faire aujourd'hui ?

Quand on a toujours eu une conscience politique de nature démocratique, qu'on croit dans les urnes, pour finalement voir que tout se décide dans le coup de force, le coup médiatique, les procédures baillon en justice, la cancel culture sur les réseaux sociaux et quelques personnes criant dans la rue ? Presque tous les jours, devant le flot de folie observé, j'ai envie de rentrer dans ma caverne et de laisser ce monde brûler ! Car franchement, ce que j'observe depuis quelques mois me donne le sentiment que cette société et ses parangons de militantisme haineux méritent de disparaître. Mais cette option n'est pas tenable : les fous de tout type décident aujourd'hui de l'agenda politique et légitiment des méthodes de lutte telles que, je le crains, nous courons vers des niveaux d'affrontement oubliés depuis longtemps dans nos Etats de droit. Faudra-t-il un jour entendre "guerre civile" dans un JT ? Je n'ose l'imaginer.

 

Ce qu'il faut retenir c'est que, si dans les totalitarismes c'était l'Etat qui désignait des ennemis objectifs à écraser, dans nos démocraties c'est "la société civile" qui désigne les cibles et emploie des méthodes de voyous. Et pourtant, il faut préserver la société civile car c'est aussi elle, à côté des électeurs, le coeur civique de nos sociétés. Il faut donc réguler la société civile, qui pour l'instant est un marché hyper-concurrentiel poussant à extrémiser et crier le plus fort. A court terme, en attendant cette régulation, deux solutions simultanées à activer : réduire l'apport de fonds (qu'il soit de provenance nationale ou internationale) de ces minorités actives (quelle que soit la cause défendue et la position quant à cette cause) aux seuls adhérents de leurs associations et organiser des contre-manifestations pour montrer que si la majorité ne veut pas tout régenter, elle n'est plus silencieuse et compte bien elle aussi être protégée par l'Etat de droit.

 

Si ce dernier rempart ne fonctionnait pas, il faudrait s'en inquiéter car viendrait alors le temps des affrontements.

 

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