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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

Demain, la France souveraine et le monde (2)

10 Juillet 2020, 12:50pm

Publié par Giordano Eturo

Cet article s’inscrit dans le cycle de réflexions/propositions sur les grands axes de politique étrangère d’une France souveraine. Ce cycle a été ouvert par l’article « accepter le retour dans l’Histoire », de Major Tom. Le titre de ce premier article résume à lui seul l’ambition d’une France rendue à elle-même et libre de faire ses propres choix : cesser de se perdre dans l’idéologie (haine de soi, mémoire pénitentielle, droit de l’hommisme, irénisme benêt) pour pratiquer une géopolitique réaliste (sans être pour autant cynique).

Que les esprits chagrins se rassurent : la France souveraine de demain ne sera pas animée par l’esprit rabougri qu’ils lui prêtent. Seule aux commandes de son destin, pour le meilleur et pour le pire, la France ne sera pas seule pour autant, et ne prétendra pas s’isoler du monde. Elle y apportera tout au contraire une contribution à la mesure de son génie et de ses moyens. Reste à tenter de dessiner les principaux contours de ce que sera cette nouvelle place de la France souveraine dans le monde.

En premier lieu, la France souveraine restera une nation européenne. Son histoire autant que sa géographie l’obligeront à se situer d’abord dans le concert des nations européennes.   Puisque l’Union Européenne ne sera plus qu’un souvenir funeste (je l’ai déjà dit : il est peu probable que l’UE survive à un FREXIT), l’une des missions prioritaires de la France sera d’œuvrer à bâtir une nouvelle « maison commune européenne »  dont les buts politiques et l’architecture institutionnelle seront fondamentalement différents de l’ancienne. Il s’agira de construire une « confédération européenne » respectueuse des souverainetés nationales et par laquelle les nations européennes seront invitées à coopérer plutôt qu’à se défier les unes des autres dans un monde où Chine et Etats-Unis prétendront les dominer. Afin d’assurer la sécurité du continent, les frontières des Etats européens devront être reconnues intangibles par chacun d’entre eux, tandis qu’un traité de « sécurité commune » engagera chaque membre à se porter assistance en cas d’agression militaire de la part d’une tierce puissance. Afin de ne pas exclure durablement la Russie de la nouvelle coopération politique et militaire européenne, il sera primordial que ce nouveau traité de sécurité soit signé « entre Européens » et donc en dehors du cadre de l’OTAN. Bien entendu, chaque Etat resterait libre de s’associer à la nouvelle Confédération, mais y adhérer impliquerait de souscrire à l’ensemble des engagements qui lui seraient associés. En revanche, à l’intérieur de la Confédération, se dessineront des équilibres politiques par lesquels tous les Etats ne pousseront pas la coopération au même degré. Selon les projets et les thématiques, selon la situation et la volonté de chacun, les décisions et réalisations seront nécessairement « à géométrie variable ». Une France régénérée, rendue maîtresse d’elle-même, contribuerait ainsi à substituer à l’actuelle union de la norme et de la contrainte, une confédération de l’audace collective et de l’action politique. Précisons d’emblée que la France souveraine cesserait de faire du couple franco-allemand l’obsession de sa politique européenne. Les relations avec l’Allemagne devront se normaliser, ce qui signifie que le rapport avec l’Allemagne dépendra d’une part de nos intérêts, et d’autre part de la plus ou moins grande convergence de vue sur le nouveau projet européen qu’il faudrait idéalement construire autour des Etats fondateurs des communautés européennes. Sachant que d’autres Etats pourraient être intéressés par les vues de la France, et que bien des projets européens pourraient le cas échéant se réaliser sans l’Allemagne.

Nation européenne de premier plan et, en tant que telle, à la tête des initiatives stratégiques sur le vieux continent, la France souveraine resterait aussi une nation occidentale. Par là, il faut comprendre que la France souveraine continuerait de s’inscrire dans la filiation idéologique des Lumières et dans le bloc politique mondial des démocraties libérales. Dans un monde menacé par le totalitarisme chinois, ce bloc démocratique aura encore tout son sens. A ce titre, l’alliance défensive avec les Etats-Unis mériterait d’être maintenue, ne serait-ce que parce que la France a ses propres intérêts à défendre dans le Pacifique et qu’elle n’entendra pas faciliter la domination sur le monde du Parti Communiste Chinois. Pour autant, cette alliance politique par laquelle une communauté de valeurs s’engage sur un pacte défensif ne devrait pas se doubler d’une organisation militaire de type OTAN. Cette dernière, en ne cessant de s’élargir, a perdu du même coup de sa consistance stratégique et a pour double effet négatif d’une part d’empêcher tout rapprochement avec la Russie et d’autre part de ruiner tout espoir d’une autonomie stratégique européenne. Or, nous l’avons dit plus haut, la France souveraine de demain chercherait précisément à déployer une géopolitique eurasiatique incluant pleinement la Russie. On ne peut raisonnablement vouloir l’une et l’autre, tant il est vrai que l’OTAN n’a cessé de vouloir contenir une Russie qui ne menace pourtant plus l’ordre mondial depuis la chute de son empire soviétique même si elle pratique régulièrement des manœuvres de déstabilisation (mais les autres Etats aussi, à commencer par notre allié américain). Et chacun sait que si l’Europe de demain n’associe pas la Russie dans un processus durable de détente et de coopération, les pays d’Europe de l’Est - et on les comprend - choisiront toujours l’OTAN contre toute autre garantie de sécurité européenne. Précisons que si la stratégie française devait échouer, à travers le maintien de la mainmise US sur le vieux continent dans une logique collective de servitude volontaire européenne, il n’apparaît pas problématique que la France suive son chemin en coopérant seule et activement avec la Russie. Membre de l’Alliance Atlantique mais pas de l’OTAN, la France discuterait avec tout le monde au gré de ses intérêts, sans se préoccuper de savoir si cette liberté déplaît aux Anglo-Saxons, aux Allemands et aux pays d’Europe de l’Est (se soucient-ils, eux, de défendre librement leurs intérêts ?). Je ne suis d’ailleurs pas loin de penser que, pour avoir la considération américaine dans le monde qui vient, mieux vaudra avoir une armée nationale solide et estimée (fût-elle indépendante pour peu qu’elle soit alliée) plutôt que de faire partie de l’OTAN et d’en être un fardeau durable (à la manière de l’Allemagne, grande Suisse riche qui remet sa défense entre les mains des Etats-Unis). C’est pourquoi, d’ailleurs, la France souveraine de demain se devra de posséder l’une des meilleures armées du continent et de fournir l’effort collectif nécessaire pour la mériter. Au demeurant, que pourrait bien valoir une souveraineté qui ne s’appuierait pas sur ses propres forces armées ? Du vent.

La France souveraine se devra aussi de déployer une politique méditerranéenne et africaine fort différente de celle qui est pratiquée par la France soumise d’aujourd’hui. Premier axe de cette politique, la protection de la France - et des migrants eux-mêmes - vis à vis des flux migratoires illégaux. Il s’agirait de confier à la Marine Nationale une mission à la fois humanitaire et sécuritaire : protéger les migrants de la noyade, traquer les trafiquants et les ONG (en les rendant illégales pour complicité de trafic humain) et reconduire sur l’autre rive de la Méditerranée les migrants sauvés par la Marine française. En corollaire de sa politique de refus du fait accompli en matière migratoire, la France souveraine proposerait un partenariat renforcé à tous les pays de son ancien empire colonial en Afrique. Ce partenariat aurait un triple objectif : la sécurité de la région (par la coopération militaire et des accords de défense), le développement économique et la promotion active de la francophonie. En termes de développement économique, la France augmenterait considérablement son aide au développement avec une finalité politique claire : encourager un développement autonome par un apport de capitaux et de savoir-faire et un protectionnisme africain assumé par la France (donc contre l’intérêt des multinationales occidentales). Agriculture et industrie locales, telles seraient les ambitions portées par la France souveraine dans la région, à rebours des politiques impérialistes américaines et chinoises. La stratégie française, on l’aura compris, serait l’inverse de celle pratiquée actuellement : refuser fermement le transfert illégal de flux humain de l’Afrique vers la France mais s’investir pleinement pour permettre et donner envie aux habitants de rester chez eux. Car toute émigration est d’abord un arrachement et, souvent, un déchirement, ce qu’oublie trop vite l’intelligentsia germanopratine. 

Voici, donc, trois premiers axes d’une possible politique étrangère d’une France rendue à elle-même. Nous les compléterons, Major Tom et moi, à l’occasion d’autres articles sur ce sujet d’importance. Il est en effet fondamental - nous l’avons déjà écrit - que les Françaises et les Français puissent imaginer ce que serait une France souveraine dans le monde si instable du 21ème siècle. Une France certes orientée vers la défense de ses intérêts, mais ouverte à la coopération internationale et capable de vision stratégique. On aura remarqué, à la lecture de cet article et de celui de Major Tom sur le retour dans l’Histoire, une divergence explicite sur l’OTAN. Vrai sujet de débat qui ne doit pas être considéré comme une ligne rouge, tant ce qui comptera au final beaucoup plus sera la capacité de la France à compter parmi les puissances militaires « moyennes » de demain, tout spécialement en Europe et en Méditerranée.

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