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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

Lettre ouverte à un « marcheur des fiertés »

27 Juin 2020, 13:33pm

Publié par Giordano Eturo

C’est le mois de juin. Tu vas, comme chaque année, participer à ces « marches des fiertés » qui vont fleurir en de nombreux points de notre Occident moribond. Actualité oblige, cette année tu ne te contenteras pas de célébrer les communautés lesbiennes, gays, bi et trans : tu ajouteras à ta longue liste la « communauté noire ». La crise sanitaire ne t’arrêtera pas. Tu seras donc aux premières loges d’une « global pride » organisée sur Internet, comme plusieurs milliers de personnes heureuses de proclamer leurs fiertés devant leur ordinateur. Cela ne t’empêchera sans doute pas de battre le pavé lors de la grande marche des fiertés de Paris reportée au 7 novembre.

Par cette lettre, je tenais à te dire, en toute sincérité, ce que je pense de ta célébration militante. Hélas, J’en ai bien peur, surtout du mal ! Et tu vas trouver cela méchant, tu te sentiras offensé. Bien-sûr. Cela fait partie de ton imaginaire de victime permanente. Mais voilà, je m’en moque. De tes pleurnicheries et de tes déchirantes demandes d’excuse (excuses que tu n’auras pas ici, car tu les as tout le temps et partout, tant ta susceptibilité est chatouilleuse). Tu ne te rends même pas compte, dans ta lutte tonitruante, que si tu peux parader bruyamment dans les grandes villes d’Occident, sans que qui que ce soit ne vienne troubler ton bonheur, c’est parce que l’ennemi que tu désignes et que tu prétends combattre a largement rendu les armes. En tout cas ici, sous le ciel de la France contemporaine où ta cause est non seulement acquise, mais encore moderne, progressiste et branchée (célébration des différences et culte des mirorités). Tu as l’écoute du pouvoir. De tous les pouvoirs. Tu y as tes entrées. Et si ta comédie peut durer éternellement, c’est précisément parce qu’il reste encore - et il restera toujours - du négatif, du caricatural et du vulgaire. Si tu y réfléchis un peu, tu dois bien te rendre compte qu’il ne sera jamais possible d’éradiquer les clichés et le mauvais goût. Et même, peut être, qu’ils sont inhérents à toute vie humaine.

Le combat, pour toi, ne sera jamais terminé. Pareil à ces neo-féministes qui ne seront satisfaites que lorsqu’il y aura parité exacte entre le nombre d’hommes et de femmes qui font les lessives dans les foyers de France. Et encore, lorsqu’une bataille est gagnée, il faut toujours - tu es bien placé pour le savoir - en ouvrir derechef une autre : les neo-féministes sont devenues spécialistes en la matière. C’est sans fin, et chaque nouveau décalage ainsi érigé en injustice criante sert de carburant à l’agitation festive et militante. Que la vie soit un sport de combat, mon vieux, je n’en disconviendrais pas. Mais que veux-tu, chacun son lot de difficultés ! Sur ton chemin, tu croiseras toujours des gens qui te jetteront des mauvais regards. Tu subiras encore des quolibets. Davantage, d’ailleurs - si l’on observe le strict champ religieux - chez les tenants du Dieu musulman que chez les tenants du Dieu chrétien. Une religion morte est forcément plus tolérante. Du temps de l’Empire Romain, les vieux païens en savaient quelque chose, eux qui jadis virent triompher le fanatisme, la bêtise et l’intolérance en même temps que le tout jeune christianisme. 

Comme je te le disais, chacun son lot. C’est le minimum à supporter dans une société individualiste et libertaire (si tu veux bien remettre tout ceci dans une perspective historique) où l’égalité des droits et des opportunités est une véritable obsession (en cela, d’ailleurs, toi et tes amis très festifs êtes devenus la norme). Ta différence est minoritaire, et elle le sera toujours. En cela elle t’expose certes à des difficultés mais, et toute la différence est là, elle n’est pas le prétexte d’une oppression politique et sociale qui menacerait tes droits, ta vie ou ta dignité. On connaît beaucoup de citoyens homosexuels qui ont socialement réussi, et c’est heureux. Seuls les imbéciles font comme toi : juger les gens sur l’orientation de leur sexualité, soit pour la célébrer, soit pour la déprécier. Le vrai Républicain s’en moque et s’en tient à la citoyenneté qui réunit les femmes et les hommes par-delà leurs différences particulières. Autrefois, dans un monde plus civilisé, on appelait cela l’universalisme : on exaltait alors le commun, et non les différences.

Ce que tu combats est non seulement dérisoire, donc, puisque ton orientation sexuelle ne t’empêchera pas de faire carrière (sauf si tu es pauvre et sans réseau, mais c’est une autre histoire et, de cette histoire-là, il y a fort à parier que tu t’en moques). Mais il y a plus : ton combat est dangereux. Connais-tu le prix de ta volonté farouche d’éradiquer toute offense à ta différence ? Tout simplement la démocratie libérale. Réfléchis un instant et regarde-toi un peu pédaler, comme on dit volontiers dans le jargon managérial. Pour aller au bout de ta lutte, il te faut réécrire le passé, contrôler les publications d’ouvrages et la diffusion des films, avertir les lecteurs, recruter des « sensitive readers » comme aux Etats-Unis, réclamer de nouvelles normes et de nouvelles sanctions, élargir le nombre des peines et des délits, sanctionner tout un chacun pour la moindre bêtise énoncée, renforcer la culture du soupçon, faire triompher le politiquement correct, endoctriner le rire, détruire des carrières pourtant méritées par le talent et l’intelligence, assigner à résidence identitaire quantité d’individus qu’on ne saurait réduire, pourtant, à une vague caractéristique. Regarde-toi : tu prétends lutter contre l’intolérance, mais le bien que tu recherches est devenu passion, et tu te fais plus intolérant encore - et tellement penible par ailleurs, tant tu manques d’humour - que la petite colonne de « phobes » en tous genres (homophobe, transphobe...) que tu imagines être partout sans voir d’ailleurs où se nichent aujourd’hui les vraies poches de résurgence de la haine contre les homosexuels à mesure que s’effondre l’universalisme républicain (à savoir, ces territoires « perdus » de la République où sévit l’intolérance islamique).

Comme le formulait le regretté Philippe Muray, c’est sans malveillance que je te demande, humblement et sincèrement, d’arrêter de nous faire chier (Minimum Respect). Il y a chez toi quelque chose de puéril et de capricieux. Ta fierté festive est la rencontre désastreuse d’un narcissisme éhonté et d’un imaginaire victimaire propre à notre époque. On voudrait que tu te conduises en républicain (et cela vaut pour tes amies lesbiennes militantes) : débout et stoïque face à l’adversité, concerné par des questions d’intérêt public et non par ce que tu fais de ta sexualité. Cela ne regarde que toi, et nous voudrions bien que tu nous épargnes ton manque total de pudeur dans les rues de nos villes. Fais-donc ce que tu veux dans ta vie privée et avec qui tu veux. Mais par pitié, épargne la République qui convoque en toi non tes préférences sexuelles, non tes différences, mais tes vertus civiques et ta commune appartenance à la société française. En République, c’est ta citoyenneté qui te définit, peu importe à cet égard ce que tu fais dans ta vie privée pour autant que ce soit légal. 

Ta bêtise est parfois, hélas, un puit sans fond. Après avoir assigné de nombreux homosexuels à définir leur identité à l’aune de leur orientation sexuelle (alors que beaucoup n’en demandaient pas tant - je me souviens de ce pauvre Pierre Palmade accusé d’homophobie par d’autres homosexuels, un comble), tu proclames à présent ta solidarité avec la « communauté noire ». Ainsi, tu t’imagines qu’il existe un destin commun entre un Français noir, un Américain noir, un Brésilien noir et un Mauritanien noir, ou entre un Chrétien noir et un Musulman noir (va donc faire un tour en Afrique pour déplorer ta naïveté et t’excuser pour cela). Tes consœurs neo-féministes - qui partagent avec toi un goût prononcé pour les schémas les plus triviaux, les plus réductionnistes - s’imaginent elles aussi qu’il existe une même condition sociale féminine entre la dirigeante d’une multinationale et la manutentionnaire de cette même multinationale. Il y a bien longtemps qu’il eût fallu comprendre  qu’il s’agissait d’une même stratégie implicite de domination sociale des puissants et des riches sur les gens simples. Ces derniers ayant par ailleurs d’autres soucis à gérer que les problèmes liés à leurs préférences sexuelles (peut-être des soucis de fin de mois ?). Avec les féministes, tu partages d’ailleurs d’autres inepties : votre passion commune pour la défense de tout ce qui est minoritaire vous a conduits à lutter, par solidarité mimétique, contre les « Islamophobes ». Je t’invite à aller lire le Coran et à apprécier ce qui y est dit sur l’homosexualité. Sans même parler de l’encagement des femmes avec la prescription du voile islamique. À nouveau, tu comprendras combien ton culte minoritariste est une impasse où a échoué ton esprit (trop) militant.

Ta force, je le sais, ne réside pas dans la beauté de ton combat dans la forme contre-productive que tu lui donnes (un truc de Tartuffe narcissique) et encore moins dans la validité de tes arguments (l’exaltation des différences aboutissant précisément à ne voir que ces différences et donc à séparer les citoyens en communautés suspicieuses et vindicatives). Ta force vient de cette passion triste que tu cultives jusqu’à en rendre malade toute la société, tétanisée qu’elle est à affronter ton ressentiment festif et ta posture de victime désarmante. Ce visage de victime est pourtant totalitaire, pour les raisons que j’ai citées plus haut. C‘est pour cela qu’il ne doit pas faire peur, c’est pour cela qu’on ne doit pas craindre tes oukases. Tant il est vrai que, faute de pouvoir discuter sereinement avec toi (puisque tu es un fanatique du camp du Bien, s’imaginant que toute critique relève d’une indécrottable « phobie » et donc de quelque maladie mentale), il ne nous reste qu’à rire de l’inanité de ta fierté. Car seul l’idiot est fier de ce qui ne relève après tout que d’un fait de nature. Quand tu auras autre chose à proposer, quelque chose dont tu pourras vraiment être fier, nous autres républicains patriotes dresserons alors à nouveau l’oreille pour t’écouter. Sachant que nous serions évidemment à tes côtés si, demain, en France, véritablement, un nouvel ordre moral devait poindre à l’horizon (avec toutes les conséquences vexatoires et répressives qui vont avec).

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