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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

Supposé gaullisme et vrai néopétainisme

19 Juin 2020, 08:24am

Publié par Giordano Eturo

Comme toujours - mais davantage encore cette année - l’anniversaire de l’appel du 18 juin fut l’occasion de découvrir que les principales figures du jeu politique national se réclamaient du gaullisme. L’opération, croient-elles, est politiquement rentable dans une France où le Général représente ce qu’il reste d’une gloire passée pas trop dépassée. Et, bien-sûr, le Président Macron fut aux premières loges de cette théâtralisation gaulliste.

Mais tandis que De Gaulle reste plus que jamais présent dans la mémoire nationale, force est de constater que la France d’aujourd’hui ressemble davantage à celle de mai/juin 1940 plutôt qu’à celle des années 1960. Le pays est plus fracturé que jamais, l’ordre républicain n’y est plus garanti, l’industrie nationale est exsangue, tous les corps de l’Etat protestent et revendiquent à force d’avoir été gérés « à la corbeille », la dette publique pèse d’un poids d’autant plus lourd qu’elle n’est pas entre les mains des Français (contrairement au Japon), sa politique étrangère est inconsistante, incapable de défendre les intérêts de la France, et enfin, péché suprême, sa souveraineté n’est plus qu’un vain mot. Comment parler - sans rire - de souveraineté pour un Etat qui ne maitrise plus ses frontières et qui est amputé de sa liberté de conduire ses propres politiques commerciale, budgétaire, monétaire et migratoire ? 

Le pouvoir peut bien se proclamer gaulliste, il en est l’exacte antithèse et sa récupération est une imposture. En tant que synthèse sociologique des bourgeoisies de gauche et de droite, et comme synchrétisme du progressisme libéral-libertaire, le macronisme ne fait que prolonger à son point d’incandescence la politique néo-pétainiste des gouvernements qui l’ont précédé. Oui, disons-le et répétons-le : derrière l’écran de fumée gaulliste - pure opération de com - il y a la vérité d’une implacable politique d’alignement et d’abaissement de la France dans le monde, ce qui est la définition même d’une politique néo-pétainiste.

De Gaulle était un homme obsédé par l’indépendance de la France et par son « rang » dans le concert des nations (relire les Mémoires de Guerre). Comment imaginer un seul instant, dès lors, qu’une politique d’inspiration gaulliste pût seulement déboucher sur la signature de traités internationaux qui, les uns après les autres, eurent pour résultat malheureux de lier les mains de l’Etat ? Comme imaginer une seconde qu’une politique gaulliste pût organiser le retrait de l’Etat dans l’économie au profit de nouvelles oligarchies peu soucieuses, c’est peu dire, du bien commun et de l’intérêt national ? Comment concevoir qu’une politique se réclamant du Général pût déboucher sur la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN (2009) ? Comment se représenter un De Gaulle souscrivant à cette Europe communautaire soumise, naïve et boutiquière, détruisant le continent à petit feux au fil de son « processus d’intégration toujours plus étroite » ? Lui qui, au contraire, tenta de créer une Europe des nations par le truchement du traité de l’Elysée en 1963. Comment, enfin, envisager un De Gaulle violant le résultat d’un référendum (celui du 29 mai 2005, date funeste pour la démocratie), lui qui démissionna à l’instant même où il perdit le sien en avril 1969 ?

En vérité, les gaullistes - les vrais, pas les imposteurs - sont plutôt du côté de Marianne ou d’un Michel Onfray et de son Front Populaire. Quand Onfray dénonce l’Etat Maastrichtien, il ne fait rien d’autre qu’incriminer ce néopétainisme qui constitue la véritable inspiration des élites dirigeantes depuis 40 ans. A savoir une politique calquée sur un esprit de renoncement, de vente à la découpe de la France et de sa souveraineté, de mépris pour son génie national et son Histoire, d’abandon en rase campagne de la figure du citoyen-soldat et du patriotisme républicain. Le gaullisme fut deux choses essentielles et jusqu’à l’obsession : la recherche de la souveraineté de la France et la quête d’une Europe indépendante, c’est à dire non alignée sur les deux géants de la Guerre Froide et capable de suivre sa propre voie. Macron et ses sbires sont les héritiers, les disciples et les continuateurs de tout l’inverse : une France avachie, livrée aux marchés et à l’Europe communautaire d’une part ; une Europe inféodée, inconsistante et incapable d’autre part. 

Le pouvoir macronien, au bord de l’abîme, verse dans l’indécision et la confusion : à présent qu’il constate l’échec radical de son idéologie, il prétend récupérer le souverainisme en l’appliquant aussi bien à la France qu’à l’Europe, alors que la souveraineté de l’une est par définition incompatible avec celle de l’autre (ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas construire une géopolitique de l’indépendance européenne). Il se fait illusionniste et veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais, comme le disait avec humour le regretté Philippe Muray : ça ne prend plus. Et, bientôt, sonnera l’heure du début de la fin pour cette gigantesque mascarade et ce pouvoir aux abois. Alors peut-être pourra commencer l’œuvre d’un redressement national d’inspiration authentiquement gaulliste.

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