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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

La complainte de Marianne

15 Février 2020, 12:01pm

Publié par Giordano Eturo

« A quoi bon continuer le chemin du passé
Alors que de tous bords ils s’acharnent lourdement
A me couvrir d’horreurs, de mensonges éhontés
Sous le regard vengeur de nouveaux Vigilants ?

 

Moi qui brandissais le drapeau de l’espérance,
Moi qui représentais un recours et une chance,
Me voilà mère maudite de toutes les souffrances
Condamnée par la foi aussi bien que la science.

 

Les entends-tu ces crétins créationnistes,
Qui transforment Darwin en brave illusionniste ?
Les entends-tu s’attaquer d’un ton fier
A l’alliance qui me lie à l’Esprit des Lumières ?

 

Et les autres ? Ceux qui voudraient me voir financer
Les autels, les cultes, les temples et puis les mosquées ?
Qui dans leur merveilleuse tolérance religieuse,
M’accusent d’opprimer toutes les voiles-porteuses ?

 

Ceux qui comptabilisent les ethnies, les espaces,
Ceux qui catégorisent jusqu’à demander grâce,
Ces gens nourris au lait de l’égalité vraie
Qui se paient de mots en agitant le fouet.

 

Que deviendra demain le banal citoyen,
Sinon l’homme traqué des hordes sociologiques,
Cet éternel suspect des brigades anti-phobiques,
Ou l’impétueuse victime du joug républicain ?

 

J’étais autrefois souveraine d’une nation
Qu’on appelait la Grande et qui se voulait grande.
Me voilà désormais sans palais ni offrande
A mordre la poussière d’une vile contrition.

 

Me souvenant des propos du poète Hugo,
J’ai rêvé éveillée d’une transfiguration
Dans l’unité nouvelle d’une civilisation
Qu’autrefois j’éclairais des feux de mon flambeau.

 

Mais point de drapeaux et moins encore d’idéaux,
Seulement les règlements d’une élite de salon
Lançant ses torpilles anti-discrimination
Aux vingt-huit vaisseaux d’un bien branlant paquebot.

 

Je n’ai plus aujourd’hui comme seule compagnie
Que les lointains échos des héros de ma vie.
J’ai perdu je le sens par excès de faiblesse
La bataille des idées dans un monde qui s’affaisse ».

 

Oh, Marianne !

 

Je sais le désespoir qui habite nos âmes
Et le frisson glacial qui traverse le coeur,
Quand pâlissent les rêves des ardents bâtisseurs
Et que tous nos combats se ternissent dans le drame.

 

J’ai vu comme toi pavoiser au Fouquet’s
Les nobles peu courtois d’une bienheureuse jet-set,
Tous ces Grands, ces Seigneurs à l’esprit féodal
Qui sourient faussement comme de hargneux chacals.

 

Je sais que tu déplores jour et nuit mon amie
Les funestes intrigues de la ploutocratie,
Qui enfouissent ton rêve de fraternité
Dans le caveau immonde de leur prospérité.

 

Qu’ont-ils donc fait ces riches people planetisés
Des banquets et des arbres de la liberté ?
Hier muse somptueuse de Jean-Jacques ou Danton,
Aujourd’hui vieille empêcheuse de gagner en rond.

 

Mais pendant qu’ils bâtissent un espace attractif,
Concurrentiel, flexible et très compétitif,
Se réveillent les êtres qui n’ont pas oublié
Tous les rêves que jadis tu nous avais donnés.

 

Je t’en conjure et te prie à genoux
D’écouter le silence qui demain brisera
Les fausses certitudes que l’on entend partout
Et qui s’écrouleront dans un joyeux fracas.

 

Ce ne sont pas des centaines mais bien des milliers
Qui patientent dans l’ombre d’une époque insensée,
En attendant le jour maintes fois espéré
Où renaîtra l’espoir d’un monde civilisé.

 

Où irons nous demain si tu nous abandonnes ?
Si ton vieil humanisme n’éclaire plus personne ?
Ne prive pas de foi les consciences et les coeurs
Qui se battront pour toi de toute leur ardeur !

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