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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

Populistes de ce pays : unissez-vous !

18 Février 2020, 22:37pm

Publié par Giordano Eturo

On peut reprocher beaucoup de choses à M. Macron, mais certainement pas son incroyable coup de poker de 2017. Prenant de court tous les appareils politiques constitués, fort de ses appuis au sein de l’élite politico-financière et conscient des possibilités offertes par les institutions de la Vème République, M. Macron aura compris très tôt l’obsolescence - ou plutôt la reconfiguration radicale - des clivages politiques hérités du XXème siècle.

La gauche ayant balancé au feu la laïcité, le primat de l’Etat sur le marché et jusqu’à l’instruction républicaine (remplacée par une éducation nationale moins soucieuse de rigueur, de discipline et de la transmission des savoirs) , elle n’est plus qu’un vague emballage progressiste qu’elle colorie à grand renfort d’un antiracisme/immigrationnisme éclatant et d’un droit de l’hommisme » aussi tape-à-l’œil et tapageur que désincarné.

Quant à la droite, ayant jeté aux orties son enracinement culturel, la souveraineté politique de la France et même, en réalité, ses valeurs morales et sociales conservatrices (par la promotion acharnée d’un hyper capitalisme incompatible avec ces supposées valeurs), elle n’est plus qu’un perroquet perché sur son tombeau, répétant à l’envi qu’il faut « réformer » ce pays, « libérer l’économie », « adapter la France à la mondialisation » et autres formules du même acabit. Ce qui ne l’empêche pas - en même temps - de fustiger fréquemment le « gauchisme culturel » (qui n’est pourtant que l’autre face d’un capitalisme débridé) de ses adversaires.

En sorte que gauche et droite ne sont plus que deux portes différentes débouchant sur une même pièce. Porte de droite : le marché (à flexibiliser, à libéraliser à l’extérieur par des traités de libre échange et à l’intérieur  par des réformes dites structurelles). Porte de gauche : la culture (briser les tabous, reconnaître et libérer les minorités socialement opprimées, traquer les phobies, mener des coups d’éclat pour « conscientiser la population », encourager l’immigration au nom des droits de l’Homme).

Quant à la pièce sur laquelle débouchent ces portes, à quoi ressemble-t-elle ? A ce que les Grecs de l’Antiquité appelaient l’hybris, c’est à dire une démesure, mais une démesure ultra-moderne, prétentieuse (elle n’aime pas qu’on la contredise) et révolutionnaire (c’est à dire porteuse de transformations radicales dans les conditions et modes de vie). Démesure d’une idéologie par laquelle tout pas en avant (dérégulation économique pour la droite, libération des « carcans » socio-culturels pour la gauche) est considéré comme une étape vers des lendemains meilleurs, et par laquelle, de surcroît, les individus (soit pour faire du business à droite, soit pour vivre « comme on l’entend » à gauche) ne sont plus des citoyens (que l’enracinement et le bien commun obligent) mais des monades d’un vaste monde livré au narcissisme (souci exacerbé de soi ou de sa communauté) et au nihilisme (aucune valeur commune véritablement opposable à tous, sans même parler de valeurs susceptibles d’encourager le dépassement de soi et le sacrifice).

C’est ce camp du progressisme que le Président Macron est parvenu à unifier politiquement. Celui qui s’accroche coûte que coûte à la mondialisation économique et culturelle. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs, que le mouvement de M. Macron s’appelle la République en Marche. Et même, pourrait-on dire, à marche forcée (traduction imagée d’un néolibéralisme autoritaire). Ce n’est pas pour rien non plus que le cœur battant du macronisme se trouve chez les fameux « Bobos », dont on sait que le cœur est à gauche et le portefeuille à droite.

Dans ce contexte, et au vu du naufrage vers lequel nous précipite ce « grand bon en avant » à la sauce libérale-libertaire, comment ne pas se désoler de voir combien  les « populistes » (pour reprendre la formule dépréciatrice employée par les adversaires) sont désunis, enfermés dans leurs querelles autour de différences qui pourraient pourtant faire la richesse et la fécondité intellectuelle d’un mouvement populaire politiquement unifié ?

Le RN prétend faire cavalier seul ? Jamais il ne le pourra. La rhétorique anti-Le Pen est encore très présente et même si l’effet « repoussoir » s’estompe, il n’a pas disparu. Marine Le Pen serait-elle Présidente qu’il lui faudrait des Ministres, des Parlementaires et des élus locaux. Et il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu’un gouvernement 100% RN ne pourrait pas gouverner la France. Trop d’oppositions, trop de « manif de rue » pour briser l’élan de la victoire et relever les immenses défis qui sont devant nous. Le bloc populiste doit voir plus large dès avant les élections. Il lui faudrait mettre les egos de côté, au nom de l’intérêt supérieur de la patrie, comme au temps du Conseil National de la Résistance. Rassembler enfin Messieurs Dupont-Aignan, Philippot, Asselineau et leurs compagnons de route. Toute la galaxie des FREXITERS. Il faudrait aussi rassembler au-delà de la soit-disant extrême droite (pour reprendre la terminologie médiatique), vers les patriotes encore présents chez Les Républicains. Il faudrait ajouter les séguino-chevènementistes, c’est à dire la gauche patriote et républicaine, riche d’ailleurs des anciens compagnons de la France Insoumise qui ont quitté le navire de Mélenchon à force de le voir gangréné de l’intérieur par les dérives communautaristes, le sectarisme et l’outrance verbale, en un mot du fait de son naufrage intellectuel depuis la belle percée de 2017 (où M. Mélenchon avait fait une belle campagne « populiste »).

Ce n’est pas une convention des droites qu’il faut, mais bien plutôt une convention populiste ou populaire d’où pourrait surgir le bloc national et républicain dont la France a urgemment besoin. Il demeure possible, parce que c’est indispensable, de préparer l’avènement d’un gouvernement d’union patriotique et républicaine chargé de restaurer la souveraineté de la France, de refonder l’école, de reprendre le contrôle sur les flux économiques et migratoires, de concevoir et proposer une Europe des Nations (confédération européenne) en lieu et place de l’UE, de lutter radicalement contre l’Islamisme, de défendre bec et ongle la laïcité, d’engager une ambitieuse réforme de l’Etat et de réorienter la politique étrangère de la France.

Si, après cela, la bloc devait se fragmenter, n’aurait-il pas déjà posé les pierres essentielles d’un nouveau printemps républicain ?

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