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Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

Le bloc populaire et le féminisme (1)

16 Février 2020, 23:01pm

Publié par Giordano Eturo

Curieuse époque que la nôtre !

Alors que le (déjà) vieux féminisme universaliste a laissé place à un féminisme différentialiste intransigeant et tonitruant (« balance ton porc »), nous assistons à des silences gênés dès lors que l’actualité fournit des exemples inquiétants d’un retour en force de la mysoginie et d’une conception patriarcale de la société. Le dernier exemple en date étant celui de « l’affaire Mila », dans laquelle nombre d’associations féministes et progressistes se sont illustrées par leurs silences coupables ou leurs dérobades maladroites.

Ce nouveau féminisme, que nous appellerons ici « néo-féminisme », est en fait aussi aveugle et dérisoire qu’il est agressif dans sa prétention à traquer le « mâle dominant ». Son agressivité n’est plus à démontrer : celle-ci ne fait que traduire la mutation du féminisme d’une idéologie de l’émancipation vers une idéologie du ressentiment. Certains signes de cette mutation ne trompent pas : invention permanente de nouveaux concepts visant à représenter les femmes comme un groupe social tourné exclusivement vers lui-même et victime quotidienne d’une oppression sociale structurelle (« féminicides, « manspreading », « viol par le regard »...), formulation de nouveaux délits (comme le sexisme), exagération des statistiques (sur la base desquels on déduit une mise en danger incroyable des femmes dans notre société), haine de l’humour et chasse aux « dérapages » (car aucune distance avec soi-même et aucune capacité à rire de soi-même), théorie très extensive du consentement sexuel incompatible avec l’érotisme et la séduction, disqualification des arguments contraires sur le simple constat du « genre » de la personne (« tu es un homme, tu ne peux pas comprendre »), encouragement aux manifestations non mixtes (signifiant par là qu’une femme nazie serait plus proche d’une autre femme que d’un homme féministe), redéfinition arbitraire du langage (l’écriture inclusive, qui rappelle au passage l’instauration du calendrier révolutionnaire en d’autres temps)...

Cette nouvelle agressivité, qui mêle allègrement hystérie et paranoïa, n’est pas sans rappeler certaines caractéristiques propres aux périodes totalitaires du 20ème siècle : songeons à ces cérémonies officielles (du type « Oscars » ou « Césars) où chacun doit chanter son couplet féministe (dans une salle acquise au féminisme), à ces femmes qui accusent d’autres femmes de mal servir la « cause » (« je suis plus féministe que toi », sus aux imposteurs) ou encore à ces carrières brisées sur la simple foi de témoignages dans les médias (adieu la présomption d'innocence). 

Cette idéologie du ressentiment, dont les effets sont délétères et très préoccupants du point de vue des mœurs et de la liberté, est d’autant plus sidérante qu’elle se déploie dans une société occidentale très largement acquise à l’égalité entre les hommes et les femmes. On trouvera certes toujours des exemples pour montrer que la cause n’est pas complètement gagnée et qu’il faut rester vigilant, mais les faits sont têtus : jamais dans l’Histoire de l’occident, les femmes n’auront été davantage les « égales » des hommes qu’à notre époque. Nous sommes donc en présence, soit d’un classique déni de réalité inspiré d’une idéologie devenue « fanatique », soit d’une tentative cynique de renversement des rapports de force au service des femmes (dans une approche strictement communautariste, et alors même que les femmes ne constituent pas une minorité mais une bonne moitié des gens de ce pays). Dans cette seconde optique, la logique victimaire (dans une société où les femmes ne sont pas réellement des victimes) aurait pour conséquence et intérêt de faciliter l’ascension des femmes contre les hommes (puisque, dans le cadre de pensée néoféministe, les sexes ne sont jamais loin de la guerre) par un agencement juridique favorable aux femmes (discrimination positive, recrutements préférentiels).

Agressif bien que dérisoire lorsque l’on rapporte l’idéologie à la réalité contemporaine, ce néoféminisme est également aveugle. Il ne voit pas - ou ne veut pas voir - certains dangers autrement plus graves pour les femmes que les résidus de domination d’un homme occidental lui-même largement féministe. Hystérique et déchainé face aux « porcs » qui sommeilleraient en chaque homme (et qui empêcheraient les femmes de vivre au quotidien), il fait montre d’un calme étonnant lorsqu’il s’agit de voiler les femmes et de les enfermer dans un carcan religieux pour le coup totalement et même grossièrement patriarcal. Récemment, comme indiqué au début de cet article, on l’a même vu beaucoup trop silencieux devant les menaces de mort proférées contre une jeune femme (et lesbienne de surcroît).

Comment expliquer ce silence ? On peut tenter cette hypothèse : le néoféminisme étant une idéologie du ressentiment, idéologie qui baigne toute notre société, il se trouve confronté à un paradoxe : soit défendre les femmes au risque de s’en prendre à d’autres idéologies du ressentiment et à leurs cohortes de « victimes » (ainsi de la crainte de « stigmatiser » les femmes voilées, et donc de verser dans l’islamophobie) ; soit conduire un combat partiel et partial afin que des défenseurs de « victimes » ne s’attaquent pas à d’autres « victimes », et dès lors abandonner certaines femmes à leur sort (celui de l’emprise d’une religion sur leur liberté personnelle). Bref, entre l’intersectionnalité des luttes et le combat féministe, il faudrait choisir...

De même, et dans un autre registre, ce néoféminisme ne montre aucune prise de recul quant à l’extension des nouvelles possibilités de procréation. Au nom de la « liberté de toutes les femmes », la procréation devient un droit individuel sans aucun questionnement philosophique sur les conséquences possibles vis à vis des enfants mais aussi vis à vis des femmes elles-mêmes (être le deuxième mère d’un enfant porté par sa compagne qui est la mère biologique, ou encore être la mère d’un enfant qui, peut-être, demain, n’aura jamais été porté grâce à des utérus artificiels). Cette façon de penser montre que le néoféminisme est un individualisme radical (constitué néanmoins en lobby ou groupe de pression) qui peut confiner au « tout-à-l’ego » (« me too » !), incapable d’intégrer la nature, les hommes, les limites de la condition humaine ou les simples conditions d’une société vivable et décente. Pourtant, cette alliance de l’individualisme radical et du progrès technique est susceptible de déboucher sur des dérives éthiques et des modifications anthropologiques qui seules auront été formulées dans les dystopies et les livres de science-fiction.

On l’aura compris, ce néoféminisme est une impasse : d’un côté il ne sert strictement à rien en ce qu’il passe à côté des vrais problèmes (même lorsqu’il traque les « porcs », il ne voit même pas que le problème central réside dans la dégradation tendancielle de la civilité, dégradation dont il n’interroge jamais les causes) ; de l’autre, il introduit la discorde dans les rapports hommes-femmes, avilie l’une des grandes beautés de ce monde (le désir) et subvertit les codes habituels de la démocratie (liberté d’expression, y compris la liberté de dire des bêtises et de se tromper, art de la conversation). Au demeurant, il est rassurant de constater que le très grande majorité des Françaises, en dehors des cercles militants, des médias dominants et du show business, ne partagent pas les idées ni les attitudes des néoféministes. Elles lui préfèrent un féminisme universaliste qui n’exclut nullement les différences et le désir entre les hommes et les femmes. Ce féminisme là ne traque pas la déviance à tous les coins de rue, mais reste intransigeant sur un point : une femme est un homme comme un autre, et la République doit lui donner la possibilité de se construire comme individu et comme citoyenne. Non pas parce qu’elle est une femme, encore moins une victime, mais parce qu’elle appartient de plein droit à notre République une et indivisible.

Le bloc populaire au pouvoir sera donc résolument féministe mais certainement pas néoféministe : il garantira l’égalité des droits mais refusera tout particularisme revendiqué au nom d’une religion (les piscines non mixtes de Martine Aubry) ou d’un sexisme inversé. En somme, ni privilège, ni passe-droits.  Il encouragera en outre l’émancipation des filles et des garçons par une instruction patriotique et républicaine (avec une filiation philosophie claire : celle des Lumières). Cette instruction ne sera pas compatible avec le respect des préceptes religieux d’où qu’ils viennent pendant les temps scolaire, et aucun établissement ne sera autorisé à passer des compromis avec ces préceptes religieux. Enfin, le féminisme du bloc populaire ne commettra pas l’erreur de s’immiscer dans les rapports privés entre les hommes et les femmes : il traitera les femmes en adulte et non en victimes, et pariera sur leur capacité à dire ce qui leur convient ou ce qui ne leur convient pas. Il respectera la liberté des couples à agencer leurs relations comme bon leur semble dans les limites de bon sens posées par la loi : en particulier l’interdiction des violences conjugales au titre d’ailleurs de la lutte contre toute forme de violence quel qu’en soit le motif (fracasser le nez de son voisin n’étant pas plus anodin que de fracasser le nez de sa conjointe) et bien sûr droit à la séparation et au divorce.

Le temps sera venu d’un féminisme à la fois intransigeant quant à ses fondamentaux, cohérent dans ses paroles et ses actes et apaisé du point de vue des relations hommes-femmes. Et nous rirons bien sûr d’avoir pris au sérieux cette passion triste qu’est le néoféminisme, avec son cortège de surveillance, de délation, de pudibonderie et de moraline, cortège tout à fait compatible avec la lâcheté et la soumission (affaire Mila).

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Anwen 19/02/2020 13:52

Le féminisme réel semble s’être éteint avec Cléopâtre.
Depuis, et pour résumer, l’ignorance au sujet des droits de la femme est aussi grande du côté des femmes que du côté des hommes. Les femmes revendique des droits qu'elles ne connaissent pas, les hommes, qui ne les connaissent pas davantage les leur refuses avec entêtement, et la science n'a rien eu à faire, jusque-là, dans le débat.
Rappelons que la véritable Histoire de l’humanité nous montre que, peu à peu, les hommes ont envahi le domaine des femmes et les en ont chassées. Mais, une fois établis, en conquérants, sur ce terrain, ils s'y sont maintenus par la force et par la ruse. La femme a été déchue de ses droits.
C'est la force brutale qui a assuré, à l'homme, une position à laquelle il n'avait pas de droits naturels. En agissant ainsi, il violait les lois psychiques et les lois morales, qui en sont la conséquence, il violait le droit.
Mais comme tous les hommes ne sont pas aussi avancés dans l'évolution du mal, comme l'héritage naturel que chacun apporte en naissant lui remet dans l'esprit un germe de vérité, il s'est trouvé, dans tous les temps, des hommes meilleurs que les autres qui ont eu une sorte de honte de cette injustice, qui l’ont comprise, et même, qui ont protesté, quoique cette injustice était établie à leur profit. Tout ce qui restait de droiture, de logique, dans leur esprit, clamait contre cette façon de renverser les choses, leur conscience se révoltait à l'idée d’écraser, dans la femme, ce qu'il y avait de meilleur en eux. Ce sont ces hommes-là qui élevaient la voix pour défendre le droit des femmes. Mais, jetant les yeux autour d'eux et ne rencontrant, partout, que des femmes privées de toute culture sérieuse, et livrées à toutes les futilités du luxe, voyez les Schiappa, les Mila, les Femen, et même M. de Beauvoir, on comprend qu'ils n'aient pas encore reconnu, dans la femme, la Prêtresse et l’Éducatrice de l’avenir. Ils ont demandé, seulement, que la femme soit considérée comme l’égale de l'homme.
L'homme s'étant fait une supériorité factice par l’instruction, était arrivé à se croire véritablement supérieur à la femme. Cette opinion que l'homme avait de lui-même prouvait, cependant, son ignorance, car, s'il avait été en possession de la vraie science il aurait compris qu'elle était sa place dans la Nature.
Ce n'est qu'en appuyant sur des faits scientifiques, que l’on peut arriver à parler à l'esprit des hommes ; c'est ainsi, seulement, qu'on leur fera comprendre que leur intérêt bien entendu est dans l'ordre qui doit résulter d'une organisation sociale basée sur les lois éternelles de la Nature.
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/psychologie-et-loi-des-sexes.html