Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Présidentielles 2022 : l’alternance populaire (le blog de Giordano Eturo et de Major Tom)

L’affaire Mila : le bloc populaire et la liberté d’expression (1)

17 Février 2020, 23:00pm

Publié par Giordano Eturo

L’affaire Mila - au-delà de l’enfer qu’aura vécu cette jeune femme - est révélatrice d’un affaiblissement profond de l’esprit patriotique et républicain que nous défendons ici.

Le mieux, pour s’en rendre compte clairement, serait d’imaginer ce qui aurait dû se passer dans un monde « normal », c’est à dire un monde où la France républicaine ne serait pas pétrifiée à la simple idée de défendre ce qu’elle est et, plus important peut-être, ce qu’elle désire être encore demain.

Dans un monde normal, donc, la jeune femme n’aurait jamais été poursuivie (même brièvement) par le Ministère public sous le chef d’accusation de « provocation à la haine raciale ». En effet, qui imagine un monde suffisamment fou où l’on poursuit la victime au lieu de traquer les vrais coupables (en l’occurrence, ceux qui ont menacé de mort la jeune femme).

Dans un monde normal, l’Etat aurait rescolarisé la jeune femme rapidement, s’il le faut avec le concours des forces de l’ordre (dont on se demande bien si elles sont encore une force et si elles défendent encore un ordre, sauf lorsqu’il s’agit de protéger Paris de la colère populaire). Dans le même temps, et pour le coup, le Parquet (aidé de la Police) aurait tout fait pour mettre la main sur les personnes qui, elles, ont menacé de mort la jeune Mila.

Dans un monde normal, la Ministre de la Justice n’aurait pas déclaré publiquement, en première intention, que les propos de la jeune Mila portaient atteinte à la liberté de conscience. Les autorités publiques n’auraient pas davantage laissé passer les propos, pour le coup choquants, du représentant du CFCM, pour qui Mila a bien cherché ce qu’il lui arrive. Position désormais traditionnelle de certains Musulmans depuis les massacres de Charlie Hebdo...

Dans un monde normal, enfin et surtout, nous n’aurions pas été abasourdis par le silence des autorités, de la gauche et des associations progressistes (gauchistes, féministes, antiracistes). Tout au contraire, nous aurions assisté à un vacarme, un tollé, une dénonciation massive de cette atteinte intolérable à la liberté d’expression. La moindre des choses, au fond, au pays de Voltaire et de la part d’autorités ou de collectifs qui se réclament à grands cris des fameuses « valeurs de la République ».

La question, dès lors, est la suivante : pourquoi ne vivons-nous pas dans ce monde « normal » ? Pourquoi ce piétinement tranquille des valeurs de la République alors même que ces valeurs sont promues à longueur de journée et sur toutes les ondes par les puissantes intellectuelles et sociales dominantes ?

Tentons une hypothèse : et si, au fond, les donneurs et donneuses de leçon républicaine étaient les plus lâches d’entre nous ? Terrifiés qu’ils sont à l’idée qu’on les soupçonne de racisme (dont l’acception est devenue tellement large qu’elle englobe finalement toute forme de critique ou de supposé manque de respect), ils préfèrent ne pas livrer le plus élémentaire des combats républicains, à savoir la défense de la liberté d’expression. Ils préfèrent être aveugles, pourvu qu’on les imagine innocents.

Ils se font l’idée d’une République « neutre », simple agencement institutionnel destiné au « respect » de toutes les identités/écoles de pensée qui ne supportent plus d’être offensées (ce qui témoigne de leur intolérance viscérale et donc de leur rapport très problématique à la liberté et à la démocratie). Ils oublient que la République n’est pas neutre, qu’elle est fille des Lumières (et donc d’un courant de pensée) et d’un long combat historique contre l’Ancien Régime. En sorte que, face au péril islamiste - nouvel obscurantisme - ils se soumettent et n’osent pas brandir le glaive de Marianne.

Le bloc populaire, une fois au pouvoir, renversera cette logique mortifère pour la nation et pour la République : il saura nommer « un chat, un chat » et fera ce qu’il faut pour mettre ses actes en conformité avec sa pensée. Il n’osera pas mélanger Jaurès et l’Islam dans un pot pourri idéologique nauséabond (je dis ça en particulier pour la gauche). Il ne tolèrera pas non plus ce retour progressif au « délit de blasphème » au nom d’une volonté nouvelle que soit enfin respecté ce qui reste de catholicisme en France (je dis ça en particulier pour la droite, même s’il est avéré que les puissances sociales et intellectuelles dominantes crachent sans compter sur le catholicisme). 

Le bloc populaire défendra avec la plus vive ardeur la liberté d’expression. Il ne craindra pas les oukases islamistes. Il exigera des communautés, et d’abord la communauté des croyants musulmans, qu’elles acceptent la critique, même le plus radicale. Car enfin, l’offense ne tue pas, l’offense n’interdit pas de répondre ni de contredire. En revanche, la demande de censure au nom du respect des idées et les menaces de mort qui l’accompagnent nous font, elles, quitter le champ de la démocratie pour entrer dans un nouvel âge barbare.

Le temps de l’aveuglement volontaire, et donc de la soumission, sera révolu : la République une et indivisible ne reconnaîtra à nouveau que des citoyens, libres de croire (et d’ailleurs aussi de changer de croyance) ou de ne pas croire. Elle ne s’adaptera à aucune religion, ne prendra en compte aucune revendication particulariste (tout en garantissant par ailleurs le libre exercice du culte). Elle le fera parce que le bloc populaire aura compris, lui, que la critique d’une religion n’a rien à voir avec du racisme, et qu’un obscurantisme est un obscurantisme.

Commenter cet article